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Informations françaises: l’heure de la revanche pour la littérature masculine ? – L’Express #France

l’heure de la revanche pour la littérature masculine ? – L’Express publié par L’Express.fr le

Cet article ayant pour thème « Actualité française » se propage sur internet, nous avons projeté de vous le dévoiler dans cette publication.

L’article ci-dessous a été diffusé par L’Express.fr

Signature Louis-Henri de La Rochefoucauld.

Date et heure de la réception de la dépéche sur notre fil d’info:

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Titre exacte donné par le journal était: l’heure de la revanche pour la littérature masculine ? – L’Express

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Dua Lipa est-elle en passe de devenir la plus grande critique de notre époque ? On ne rigole qu’à moitié. Récemment, elle invitait Margaret Atwood dans son podcast littéraire. Il y a deux mois, nouvelle preuve de sa pertinence, c’était au tour de David Szalay de répondre à ses questions au sujet de son roman Chair, Booker Prize 2025. La popstar s’est déclarée « complètement obsédée » par le livre. Un enthousiasme étonnant : il y a deux ou trois ans, le ton désabusé déployé par Szalay sur près de 400 pages aurait pu lui attirer les foudres des féministes.

István, le personnage principal de Chair, n’est clairement pas une figure positive. Par sa passivité, il rappelle à la fois l’antihéros de L’Etranger de Camus et les hommes veules chers à Houellebecq. Au début du livre, István a 15 ans et vit en Hongrie. Il perd son pucelage dans les bras d’une voisine de 42 ans qui ne lui plaît pas. Un jour où il va la voir, il a affaire au mari. S’ensuit une échauffourée qui dérape : le cocu chute dans l’escalier, se tape la tête et meurt. István s’en moque comme de sa première partie de jambes en l’air. Après trois ans de prison, il s’engage dans l’armée et part pour l’Irak. Il oublie la guerre dans la coke, le speed et de tristes plans à trois.

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Comment rebondir quand on a connu le stress post-traumatique ? On retrouve István à Londres, videur d’une boîte de strip-tease. Il se reconvertit en homme à tout faire (garde du corps et chauffeur) pour un richissime Suédois. Inévitablement, il entame une liaison avec Helen, la femme de son boss. Un jeune homme cynique qui couche avec l’épouse de son employeur, le sujet n’est pas neuf : Maupassant le traitait déjà en 1885. István ne serait-il qu’un Bel-Ami postmoderne qui préfère conduire des voitures de luxe qu’écrire des articles ? Bien qu’il n’ait aucune ambition, la chance lui sourit : le Suédois tombe malade et casse sa pipe. István n’aime pas Helen, mais elle si, et il se met à mener la grande vie aux frais de la princesse. On entre ici dans la partie la plus intéressante du roman, quasi balzacienne, avec l’heure de gloire puis l’inévitable chute de ce Rubempré de la Mitteleuropa qui nous rappelle que, là aussi, les transfuges de classe ne sont pas nés de la dernière pluie dans l’histoire littéraire…

L’énigme du cœur masculin

Chair a été encensé en Angleterre, plusieurs journalistes y voyant le symptôme d’un retour en fanfare de l’intériorité virile dans le champ du roman contemporain. Un autre point a retenu notre attention. Dans une interview au Guardian, David Szalay déclarait : « Un lecteur doit pouvoir embrasser une large densité d’expérience humaine sans se cogner un millier de pages d’un roman du XIXe siècle. Personne ne niera sérieusement que nous vivons dans une époque où l’attention est limitée, ce qui n’est sans doute pas bien – mais nous allons devoir faire avec ça du mieux que nous pouvons. » Pour maintenir l’intérêt de son lecteur, Szalay utilise volontiers l’ellipse – à un moment, il saute ainsi dix ans. Là encore, il réinvente la roue.

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Même distraits, nous avons en mémoire le passage de L’Education sentimentale où Flaubert condense en quelques lignes splendides plusieurs années de la vie de Frédéric Moreau : « Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. Il revint. Il fréquenta le monde, et il eut d’autres amours encore. Mais le souvenir continuel du premier les lui rendait insipides ; et puis la véhémence du désir, la fleur même de la sensation était perdue. » Ces hommes-là hanteront toujours la littérature. En refermant Chair, on se demande ce qu’István aura eu de meilleur ; et on se dit que, sur le cœur masculin, on ne fera sans doute jamais mieux que les romans d’initiation français du XIXe siècle.

Chair par David Szalay. Traduit de l’anglais par Benoît Philippe. Albin Michel, 366 p., 22,90 €.

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