Que vaut le concert géant de Kendrick Lamar et SZA à Paris la Défense Arena ? publié par Le Point – Toute l’info en continu le
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C’est sans aucun doute l’un des concerts les plus attendus de l’été. Kendrick Lamar et SZA ont débarqué à la Paris La Défense Arena pour présenter, ces 15 et 16 juillet, leur « Grand National Tour », du nom de leur concert commun géant, où le roi du hip-hop et son homologue du R&B interprètent un nombre impressionnant de morceaux.
À l’excitation qui accompagne un tel spectacle s’ajoutent de nombreuses questions. Comment ces deux artistes vont-ils se partager la scène ? Leur univers est-il vraiment compatible ? Quel équilibre vont-ils trouver ? L’exercice est toujours délicat, quand deux énormes noms se partagent la tête d’affiche. Le Point vous raconte une soirée d’une intensité folle.
Avant même que ne résonnent les premiers beats du show, un premier enseignement : la salle a beau ne pas afficher complet ce soir – environ 40 000 spectateurs sur les 45 000 possibles –, le public est chauffé à bloc. Il le prouve dès la première partie, assurée par Mustard, le DJ qui officie sur le dernier album de Kendrick Lamar. L’homme, également producteur influent dans le milieu, offre une ambiance des plus prometteuses avant même le début des choses sérieuses. Ce n’est pas si commun de voir la quasi-intégralité d’une salle sauter à l’unisson avant l’arrivée des stars…
Un public de feu pour accueillir Kendrick
20 h 15. Les lumières s’éteignent dans une clameur assourdissante. Les écrans géants diffusent un clip où le maître du hip-hop et son amie prennent la pose. Tous deux sont appuyés sur la troisième star de la soirée, une Buick Grand National, dans sa version collector « X » – aussi appelée GNX,comme le nom du dernier album de Kendrick Lamar. Un hommage appuyé à cette muscle car mythique des années 1980, que son père a possédée.
Alors qu’un rétroviseur et des inscriptions s’enchaînent à l’écran, la célèbre auto apparaît des profondeurs de la scène et la voix du Californien entame « Wacced Out Murals ». Contrairement au Super Bowl, où le rappeur avait débuté sur la GNX, c’est à l’intérieur de celle-ci qu’il démarre son show. Au bout de quelques couplets, de jets de fumée et de premiers effets pyrotechniques, il sort enfin de l’habitacle, casquette « LA » vissée à l’envers sur la tête, tee-shirt blanc et veste Chanel sur les épaules. Plus que cette introduction très efficace, c’est l’accueil du public – en feu – qui marque les esprits.
Ce qui impressionne d’autant plus, c’est la capacité des fans à suivre le flow de leur idole, pourtant si technique. Malgré la complexité des morceaux, c’est toute la plus grande salle indoor d’Europe qui reprend en chœur ses paroles. Kendrick Lamar poursuit les hostilités avec cinq premiers morceaux… « Squabble Up », « King Kunta », « ELEMENT » et une partie de « TV Off ». Avant un premier interlude.
Sans qu’on s’en rende compte, la fameuse GNX a disparu de la scène. Voilà qu’elle remonte en son centre, parée de végétation… et avec SZA sur son capot. Les 40 000 spectateurs la célèbrent dans un vacarme digne de son entrée. Kendrick Lamar et son amie de toujours sont enfin ensemble, et c’est sur « 30 For 30 », tiré du dernier album de la chanteuse, SOS Deluxe : Lana, qu’ils débutent leur collaboration ce soir.
Neuf actes, deux univers
Kendrick s’efface et c’est désormais Solána Imani Rowe – le vrai nom de SZA – qui mène les débats, accompagnée de ses danseurs. « Love Galore », « The Weekend »… La salle de Nanterre entre dans une nouvelle dimension. Plus chaleureuse, plus enjouée, ses interprétations contrastent avec la virulence de son acolyte. C’est différent, mais ça fonctionne très bien. « Broken Clocks », l’un de ses plus grands tubes, emporte l’adhésion des fans même si, il faut bien le reconnaître à cet instant précis, il y a un petit peu moins de bruit que lors du passage du rappeur.
Les deux amis, qui se sont rencontrés dès 2011 et leurs débuts de carrière respectifs, enchaînent ainsi pas moins de neuf actes. Quand le Californien revient sur scène, le fil rouge de la GNX n’est jamais très loin, les écrans géants projetant des images de sa ville natale de Compton, tristement réputée pour la violence de ses gangs. Nous roulons avec l’artiste, l’occasion d’apercevoir le légendaire canal de Los Angeles. Quel que soit le morceau joué, le succès est incontestable, sans temps mort. « Euphoria », titre anti-Drake, provoque un délire énorme, surpassé quelques minutes plus tard par « HUMBLE », banger de Damn sorti en 2017.
SZA, elle, nous emporte dans un univers champêtre, peuplé d’imposants insectes et d’autres humanoïdes à antennes. On la verra même, un moment donné, dompter une fourmi géante, ou sortir d’une chrysalide pour chanter dans les airs, parée d’ailes, suspendue tout en haut du lieu… C’est de très bonne facture, mais il est palpable, lors de son deuxième acte en solo, que les fans de Kendrick Lamar décrochent un peu des moments très R&B. Les transitions ne sont pas toujours évidentes entre les deux ambiances, mais rien de bien grave.
Un concentré d’explosivité…
Après un nouveau passage sublime en duo, les ultimes actes des deux artistes sont un concentré d’explosivité. Le roi du hip-hop atteste, morceau après morceau, qu’il n’aura plus jamais rien à prouver dans son art. SZA, elle, met tout le monde d’accord lors de son dernier set. « I Hate U », « Shirt », « Snooze »… Les hits s’enchaînent et emportent avec eux les dizaines de milliers de spectateurs qui ne fatiguent pas pour un sou. Et puis arrive la cover de « Rich Baby Daddy », pied de nez extraordinaire à son ex Drake – encore lui. SZA l’interprète pleine de fougue, en twerkant, rapidement imitée par Paris La Défense Arena transformée, le temps d’un morceau, en un immense concours de booty shake. La reine du R&B conclura ses passages solos sur « Kiss Me More », de Doja Cat, tout en douceur et en beauté.
Parmi ses trois derniers morceaux en solo, le natif de Compton interprète celui que tout le monde attend. « Not Like Us », morceau complètement à charge contre son rival Drake – décidément. La folie s’empare de la salle au moment de hurler « a minooooooor », l’un des instants à la fois les plus cultes et les plus hostiles de la chanson. Un très grand moment de la soirée.
Après 2 h 45 et près de 52 morceaux joués (vous avez dit intense ?), il est temps pour les deux géants de l’industrie musicale de conclure. Comme pour boucler la boucle, ils reviennent à la fameuse GNX, chantent ensemble les tubes « Luther » et « Gloria » qu’ils ont enregistrés ensemble, avant de reprendre le volant, en saluant la scène dans un flot puissant d’amour.
… et quelques regrets
Difficile de faire la fine bouche face à cet incroyable show, obligatoirement millimétré. Reste des petits regrets : quand Kendrick Lamar n’a chanté qu’une toute petite partie de Swimming Pools (Drank) a cappella. Ou l’absence de « The Blacker the Berry », l’un des titres les plus engagés et enragés de l’artiste, qu’on rêve de voir un jour en live.
Que dire, aussi, de cette séquence en tout point magique, quand les deux acolytes se sont élevés dans les airs pour interpréter, ensemble, l’extraordinaire BO du film Black Panther, « All the Stars », sortie en 2018 ? Une interprétation sublime, qui symbolise toute la puissance de la connexion entre les deux artistes. Un moment si beau et tellement fort qu’on se dit qu’il aurait été parfait comme ultime morceau du concert. Qu’importe, puisqu’on évoque les stars, il y en avait deux énormes sur scène. Sans compter les dizaines de milliers d’étoiles qui pétillaient dans les yeux de l’audience.
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